A Louis-Mourier, on répare les excisions

Depuis un mois, la maternité de Colombes répare les blessures des femmes excisées. Un service unique dans le département.

2487243_276e0d70-603a-11e2-94c5-00151780182c_640x280Des renaissances, au milieu des naissances. Mardi, entre les ventres arrondis et les battements de cœur des bébés qui s’échappent du monitoring, Martine Vervaeke, sage-femme, et Cyril Raiffort, gynécologue, ont revu quelques-unes des onze premières femmes opérées dans la nouvelle unité voulue par le chef de la maternité à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes : la réparation d’excision.

Le 17 décembre dernier, avec l’aide des médecins de l’hôpital Trousseau (Paris XIIe), l’équipe a lancé les premières opérations du département. « Il y avait une forte demande des patientes, et cela correspondait à la volonté de la maternité de lutter contre les violences faites aux femmes », explique Cyril Raiffort, ancien interne du docteur Pierre Foldes, l’inventeur de la technique à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

L’unité de Louis Mourier — une sage-femme, deux psychologues et un chirurgien gynécologue — avait rencontré dès le mois d’octobre les candidates, plus nombreuses qu’attendues. Et dans la confidentialité de leur box, les horreurs se révèlent. Comme ces fillettes, coupées à la chaîne, dans une salle de bains francilienne. Ou cette Ivoirienne, contrainte de fuir son pays, sûre d’être excisée à son mariage. Ou ces couples, dont le conjoint n’ose plus toucher sa femme tant la douleur est insupportable à chaque rapport.

« Je ne pensais pas qu’il y avait autant de souffrances. On nous apprend, en cours, que c’est traditionnel, qu’il ne faut rien faire. Mais nous sommes parfois les seules blouses blanches que ces femmes consultent. Ne rien dire revenait à cautionner les violences subies », regrette Martine Vervaeke, souvent émue à l’évocation de ses patientes.

Des séquelles physiques et psychologiques

Avant l’opération, un temps de réflexion de trois mois est imposé aux candidates « afin qu’elles rencontrent chacun de nous ». « Les centres qui le pratiquent déjà ont montré que s’il n’y a pas d’accompagnement global avant et après l’opération, ça ne sert à rien », précise le médecin de l’unité.

Car les séquelles sont nombreuses. Faite à la hâte, l’excision cicatrise souvent mal, provoque des infections, des kystes. Et les risques lors de l’accouchement sont multipliés pour le nouveau-né et sa mère. Sans oublier le traumatisme lié au souvenir et à la douleur vivace. La honte aussi d’être différente, aux yeux des autres et du partenaire. Et l’injustice d’avoir été privée de son corps et de sa féminité. « Les femmes n’ont pas toujours besoin d’être réparées. Dans certains cas, reconnaître leur mutilation, ou leur montrer sur une échographie que le clitoris existe encore, suffit », assure Cyril Raiffort.

Bientôt une autre unité en Seine-Saint-Denis

Car l’organe du plaisir féminin ne se réduit en effet pas à la seule partie visible. Et la réparation consiste à dégager des cicatrices le clitoris, qui s’était recroquevillé, pour l’allonger. « C’est assez rare que l’on puisse, avec une opération finalement simple, libérer les femmes de souffrances si profondes », reconnaît le médecin. Prochainement, la maternité de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) devrait, elle aussi, rejoindre les cinq centres franciliens qui réparent.

Une bonne nouvelle pour l’association GAMS de lutte contre les mutilations faites aux femmes : « Les événements en Afrique et la radicalisation du discours de certains représentants des différentes Eglises montrent que nous sommes aujourd’hui sur une poudrière en matière de droits des femmes », explique un porte-parole, qui craint qu’un plus grand nombre de fillettes subissent des mutilations à leur retour dans le pays.

Service maternité de l’hôpital Louis-Mourier, 01.47.60.61.00. Association GAMS, 01.43.48.10.87.

Le Parisien

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