RECETTES FINANCIERES GENEREES PAR L’APPLICATION DU VISA : 80 millions de francs Cfa pour le seul poste de Paris

Ce n’est pas un manque de préparation ni d’organisation qui a été à l’origine des débordements au Consulat du Sénégal à Paris lundi dernier. C’est l’avis d’Amadou Diallo, consul général du Sénégal à Paris. Pour lui, c’est à cause plutôt du grand départ en vacances d’été et l’exiguïté des locaux qui ne peuvent accueillir que 200 personnes par jour alors qu’ils en reçoivent 1 000. Dans cette interview, le diplomate sénégalais fait le bilan, technique et financier, d’une semaine de délivrance en pointant du doigt les aspects à améliorer et les raisons du cafouillage des trois premiers jours du démarrage de la délivrance des visas.
Wal Fadjri : Vous avez commencé à délivrer les visas depuis une semaine. Pouvez-vous nous faire un petit bilan ?
Amadou DIALLO : Le premier bilan à tirer, c’est l’affluence. Nous recevons énormément de gens qui viennent à la recherche du visa, surtout les touristes qui veulent se rendre dans notre pays. En une semaine, nous avons eu 2 479 pré-enrôlements. Soit, environ 500 par jour. De même 791 visas ont été imprimés, soit 150 par jour. Aussi le centre de Paris a pu générer un chiffre d’affaires de 80 millions de francs Cfa en une semaine. Cela dit, il est vrai que les gens sont pris de cours, mais il y a toujours cet enthousiasme d’aller au Sénégal. Parallèlement, nous sommes débordés au niveau des services parce que c’est la première fois. Nous faisons face à cette demande de visa qui, du coup, impacte sur tous les autres services consulaires. Au niveau des passeports et de l’état civil, la plupart de nos concitoyens qui n’ont pas mis à jour leurs documents administratifs nous sollicitent pour leur faciliter leur déplacement au Sénégal. Nous essayons de nous réorganiser en interne pour nous adapter à cette situation. Certains employés vont bouger pour répondre à cette affluence.
 Vous avez été submergé les premier et deuxième jours. Est-ce que cela veut dire que vous vous n’étiez pas bien préparé ?
Au niveau interne, nous avions prévu cette affluence. Nous savions que nous allions recevoir beaucoup du monde parce que c’était le premier jour des vacances d’été. Et puis, nous connaissons l’axe Dakar-Paris. Mais, nous n’avions pas eu les moyens à temps, dès le premier jour, pour faire face à cette situation.
 Avez-vous recruté pour faire face à la forte demande ?
Nous n’avons pas recruté. Nous avons eu beaucoup de problèmes au niveau du personnel. Mais, nous avons eu le soutien des autres représentations diplomatiques ici en France qui nous sont venues au secours pour faire face à cette situation.
 Il y a eu aussi un problème de diffusion de l’information. Qu’est-ce qui s’est passé ?
L’information ne nous revenait pas au premier chef. Dès que l’on a eu l’information à partir des canaux officiels, nous l’avons répercutée au niveau des usagers et sur le site Internet du consulat. C’est vrai que, avec un grand départ comme celui des vacances d’été, les moyens n’ont pas été à la hauteur de cette attente pour limiter les problèmes liés à cette affluence. Les autorités ont trouvé quand même un système palliatif de garder une période de facilitation pour les usagers qui vont au pays.
 
 Mais, ne faut-il pas tout de même recruter ?
C’est vrai que nous avons besoin de personnel supplémentaire. Et l’Etat est conscient de la situation. Il y a l’objectif affiché qui est d’avoir moins de dépenses avec plus d’efficacité dans les services rendus aux usagers et aux citoyens. Mais il serait bon de nous renforcer en moyens humains.
 N’avez-vous pas insisté auprès des autorités pour vous permettre de recruter ?
Ce sont des questions budgétaires qui prennent beaucoup de temps. Il faut que le budget soit voté et mis en route. Ça prend du temps. Nous avons une année budgétaire qui se corrige en milieu d’année. Ce qui fait que cela n’a pas été facile. Je pense qu’il y a une possibilité et cela va se faire.
 
 Des rumeurs ont circulé qu’il y a eu des bagarres au niveau du Consulat. Le confirmez-vous ?
Je ne suis pas au courant de bagarre dans les locaux du Consulat. Mais je sais qu’il y a eu beaucoup de tension. Il y a des gens qui arrivent à 5 heures du matin. C’est normal que, à 9 heures, quand on ouvre les portes, que l’on commence à lister les gens et qu’une personne ne voit pas son nom sur la liste, que cela commence à «chauffer». Mais au fil de la journée, on arrive à calmer les esprits en les programmant le lendemain ou trouver une solution pour ceux qui doivent partir au Sénégal dès le lendemain. Je sais que ce n’est pas facile, mais je suis sûr qu’avec l’appui des autorités, nous allons trouver les solutions qu’il faut. Je le dis : la porte d’entrée du Sénégal n’est plus l’aéroport, mais les consulats. Donc il va falloir investir dans les consulats pour que cette image d’attractivité de notre pays soit mieux perçue par les gens qui viennent ici (Consulat du Sénégal à Paris, Ndlr).
 Des usagers parlent de problèmes d’information, qu’ils ne savent pas à qui s’adresser, etc. Qu’est-ce que vous leur dites ?
Ce n’est pas un problème d’organisation, mais d’affluence. Nous recevons plus 1 000 personnes par jour alors que le bâtiment n’est pas fait pour recevoir 200 personnes par jour. Voilà le problème. Nous avons quatre étages. Je remercie les agents qui se déploient comme ils peuvent pour faire face à cette situation, malgré le déficit en personnel. Les gens sont libres de percevoir un problème d’organisation, mais nous sommes bien organisés à l’interne. Nous avons des départs de vacances pour se reposer comme dans tout travail. Mais les gens ne perçoivent que l’effet de présence. Je comprends. Mais nous faisons face à cette situation pour trouver les solutions aux usagers.
 «Le visa biométrique n’est pas mis en place pour le contrôle. Il est mis en place par le Code général des impôts»
 
Que dites-vous aux usagers qui sont mal informés ?
Ce que je dis c’est ce que l’information est passée, mais il existe encore des doutes. Il faut que les binationaux sachent qu’ils sont dispensés de visas. Et toute personne qui se rend au Sénégal doit savoir qu’il y a des mesures de facilitations. Si vous avez votre récépissé et vos documents du pré-enrôlement, vous pouvez aller au Sénégal. Arrivé à Dakar, vous aurez votre visa. Evidemment, nous ne conseillons pas de le faire parce que, dans l’avion, vous avez la pesanteur du voyage. En plus, à l’arrivée, en plus d’aller chercher ses bagages, il faut aller chercher le visa. C’est pourquoi, nous demandons aux gens de prendre le temps de s’organiser pour venir ici prendre le visa. Comme ça, ils monteront dans l’avion en toute quiétude. Avant-hier, j’ai fait le tour des agences de voyages. J’ai été à Rossy et à Orly. Personne n’a été empêché de voyager. Toutes les personnes qui ont été dans ces aéroports ont embarqué.
 Mais des rumeurs avaient circulé comme quoi des gens auraient été refoulés des aéroports…
Je prends au défi quiconque qui me donnera un nom d’une personne qui a été refoulée. J’ai fait le tour des compagnies, aucune ne m’a signalé de cas de refus d’embarquement. Il y a eu quelques soucis avec Air France pour des questions de gestion administrative. Vous savez que c’est une grosse boîte qui a mis du temps à comprendre le système. Aujourd’hui, il n’y a aucune compagnie qui n’est pas informée de ce qui se passe. Je dis aux étrangers notamment que l’objectif, ce n’est pas de bloquer les gens, mais de faciliter leur voyage sur le Sénégal et connaître toutes les personnes qui entrent et sortent du Sénégal. Il faut que tout le monde y trouve son compte. Si une personne est bloquée dans un aéroport, qu’elle vienne nous voir au Consulat. On trouvera toujours un système pour qu’elle prenne son vol.
 Par rapport à la gestion de l’affluence, quelles sont les mesures déjà prises et celles que vous allez prendre ?
Nous allons mettre en place une gestion des files d’attente avec du personnel qui accueille les personnes dès qu’elles arrivent. On aura un seul espace d’accueil pour tous les services. Ce sera un espace d’accueil et d’orientation. Les travaux vont démarrer le 17 juillet. Nous allons réfectionner les toilettes, mettre les enseignes lumineuses pour l’orientation des usagers. Ce sont des travaux qui vont être faits pour améliorer l’accueil. Ensuite, nous allons mettre toutes les demandes en ligne. Tout se fera sur internet, même les passeports. Quand les gens auront fini de faire la procédure en ligne, ils auront une notification qui leur informera la date de leur passage au Consulat. Ce sont ces deux services qui recueillent les 80 % des usagers qui viennent au Consulat.
 Le visa est un moyen de contrôle sécuritaire. Mais l’on constate qu’il est donné séance tenante. Cela ne pose-t-il pas de problème de sécurité intérieure pour le Sénégal ?
Le visa biométrique n’est pas mis en place pour le contrôle. Il est mis en place par le Code général des impôts. C’est une politique sectorielle mise en place par les autorités politiques. C’est vrai que, avec le visa biométrique, il y a un recueil de données au profit du ministère de l’Intérieur. C’est une base de données qui est là et qui peut servir au moment opportun. En arrière-plan, on peut parler de contrôle parce que toute personne qui entre dans le territoire doit être contrôlée.

Leave a reply

%d blogueurs aiment cette page :