Seynabou GAYE TOURE, ministre des Sénégalais de l'extérieur : « En trois ans, l’Etat a reçu 810 projets provenant des émigrés »

Seynabou GAYE TOURE, ministre des Sénégalais de l’extérieur : « En trois ans, l’Etat a reçu 810 projets provenant des émigrés »

Le ministre chargé des Sénégalais de l’extérieur, Seynabou Gaye Touré, estime que l’Etat veut faire des émigrés de véritables acteurs de développement. Selon elle, ce vœu sera exaucé à travers le financement de projets. Dans cet entretien, le ministre révèle que des émigrés ont reçu cette année des financements qui s’élèvent à 360 millions de FCfa. Elle fait remarquer que le gouvernement va mener une sensibilisation pour prémunir ses citoyens vivant à l’extérieur contre la violence exercée sur eux dans les pays d’accueil.  
Quelle place l’Etat accorde-t-il à la prise en charge des préoccupations des Sénégalais de l’extérieur ?
«L’Etat accorde une place prépondérante aux préoccupations de ses citoyens expatriés. Je les considère comme une population à part entière dont le poids n’est plus à démontrer du  fait de leur participation  importante dans l’économie nationale.  Le président de la République a théorisé la diaspora sénégalaise comme  étant la 15ème région, ce qui  démontre, à suffisance, la place qu’il compte accorder aux Sénégalais de l’extérieur. C’est ce  qui explique aussi la création d’un ministère».
 
 Quel est le dispositif mis en place pour assister les Sénégalais de l’extérieur ?
«De nombreux outils existent dans mon département pour accompagner les sénégalais de l’extérieur. Je vais simplement  en citer trois en respectant le triptyque dont le département a fait son crédo: la gestion, la protection et la promotion des Sénégalais de l’extérieur. Pour l’aspect consacré à la gestion, nous ambitionnons de faire un recensement exhaustif afin de connaître le nombre de sénégalais expatriés, car à mon avis, on ne peut pas appliquer une politique adéquate aux Sénégalais de l’extérieur sans en connaître le nombre, la répartition géographique, le profil, les attentes, etc. Je sais aussi que le meilleur moyen de faire ce recensement passe par le renouvellement des cartes consulaires qui deviendront biométriques numérisées avec des données fiables sur les sénégalais qui vivent à l’étranger.
Pour la protection, le secteur des Sénégalais de l’extérieur dispose déjà d’une direction de la protection des droits de la diaspora que nous sommes en train de redynamiser afin de  prendre en charge les questions récurrentes liées au nombreux cas de décès accidentels ou de meurtres dans les pays d’accueil. Je peux parler aussi des dossiers de justice pour lesquels nous allons mettre en place un pool d’avocats qui va travailler avec les fonctionnaires du ministère de la Justice pour assister nos compatriotes qui ont mailles avec la justice. A cet effet, nous avons même proposé l’inscription, dans le budget de l’année prochaine, d’un programme d’assistance juridique et judiciaire des Sénégalais de l’extérieur. Le département fait autant que possible pour diligenter les rapatriements de dépouilles ainsi que l’assistance des familles. Ainsi, nous allons faire des campagnes de sensibilisation sur la nécessité de  souscrire à une assurance décès pour la prise en charge, par des sociétés d’assurance, le rapatriement des dépouilles. Cette souscription est très courante dans  les pays développés. Pour l’approche liée à la promotion, je souligne que le président de la République, Macky Sall, va plus loin en parlant de rayonnement des Sénégalais de l’extérieur. Nous souhaitons faire prendre conscience à nos compatriotes du vrai potentiel qu’ils représentent et en faire de véritables acteurs de développement».
 Comment mesurez-vous ce potentiel ?
«Les Sénégalais de l’extérieur envoient, par an, l’importante somme  de 900 milliards FCfa au Sénégal, (chiffre annoncé par la Banque mondiale). Cette manne financière va dans les familles, dans les constructions et seulement 5 % vont dans l’investissement.  Aujourd’hui, nous travaillons à réorienter cette importante masse financière vers l’investissement de nos compatriotes dans des créneaux porteurs, ce qui ne les empêche pas  de  maintenir une solidarité agissante vers les familles restées au pays. Je ne pourrais  terminer cette question sans parler de la décision historique du président de la République de faire de l’agriculture une priorité nationale, et pour ce faire, les Sénégalais de l’extérieur ont un rôle important à jouer».
 Quel rôle peuvent-ils jouer dans le domaine de l’agriculture ?
«Nous venons de signer une convention avec l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida) qui met à la disposition des Sénégalais de l’extérieur qui le souhaitent 25.000 ha de terres cultivables».
 Quelles sont les actions concrètes menées par l’Etat en faveur des Sénégalais vivant hors du pays ?
«Ces actions sont multiples et vont de l’investissement  ou l’appui aux projets des Sénégalais de l’extérieur à la gestion des migrants et de leur famille, en passant par la promotion de l’habitat au profit de nos compatriotes émigrés. On peut en citer quelques unes, notamment, le financement de projets créateurs d’emplois portés par les  Sénégalais vivants hors du pays. Déjà, nous avons octroyé un financement à 36 Sénégalais  pour un montant de 360 millions de nos francs, cette année. Il y a aussi la mise en place des Bureau d’accueil, d’orientation et de suivi des Sénégalais de l’extérieur (Baos) qui est devenue une réalité objective car la première antenne a vu le jour le 14 juin dernier à l’aéroport de Dakar. Nous allons poursuivre l’implantation des antennes dans toutes les capitales régionales. La pose de la première pierre de la cité des Sénégalais de l’extérieur (cité Yéro Basse) qui a démarré à Kounoune pour 250 logements a eu lieu. La relance du portail internet est imminente et permettra de mieux communiquer avec nos compatriotes. Nous avons facilité, depuis notre installation, l’envoi de plus de 25 commissions pour établir les documents administratifs qui sont arrivés pratiquement tous à expiration cette année. Par ailleurs, j’ai déjà effectué des tournées dans  de nombreux pays d’accueil de nos compatriotes (15 au total) afin de m’enquérir de leur situation et mieux adapter les solutions attendues».
 Comment les émigrés ont-ils accueilli ces visites ?
«Ces visites d’immersion, d’écoute et d’information ont été très appréciées par nos compatriotes. Dans chaque pays, j’ai visité au moins 3 villes à forte concentration de migrants.  Après ces tournées, nous allons nous nous occuper de l’installation du Haut conseil des Sénégalais de l’extérieur tel que l’a instruit le président de la République».
 Le gouvernement dispose-t-il d’un répertoire des Sénégalais de l’extérieur ? Si oui, combien sont-ils ?
«Pas à ma connaissance, mais nous détenons le chiffre de 2.500.000 Sénégalais expatriés lors du dernier recensement. Ce chiffre est très loin de la réalité, d’où la nécessité absolue de changer les cartes consulaires qui deviendront biométriques. Le programme de recensement va en être renforcé et permettra ainsi, à terme, d’avoir des données plus proches de la réalité sur la population sénégalaise à l’étranger».
 Existe-t-il des fonds pour accompagner l’investissement des Sénégalais de l’extérieur ?
«Oui, il s’agit du Fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’extérieur (Faise)».
 Quels sont les critères arrêtés pour bénéficier de ces fonds ? 
«Les conditions pour en bénéficier sont les suivantes: être Sénégalais de l’extérieur, disposer d’un projet établi en quatre exemplaires et adresser une demande de financement au ministre délégué chargé des Sénégalais de l’extérieur».
 Des projets ont-ils été créés ?
 «Sur les trois dernières années, 810 projets ont été  reçus pour un montant global de vingt milliards trois cents seize millions cent soixante treize mille cinquante neuf  FCfa (20.316.173.059 FCfa), dont trois cents soixante dix huit (378) projets éligibles pour un montant global de deux milliards huit cent soixante quinze millions trois cents cinquante neuf mille cinq cents cinquante  FCfa (2.875.359.550 FCfa). Les requêtes ont été examinées une à une à partir des critères définis à savoir : la localisation du projet, le secteur d’activité, l’innovation, l’approche genre, le nombre d’emplois crées, l’impact socio-économique du projet sur le plan local, le taux de rendement interne. Cette année-ci, comme je viens de le dire, 36 projets ont été sélectionnés, ce qui fait un total de 137 projets financés par le Faise depuis sa création».
 L’Etat a-t-il une stratégie pour accompagner le retour des émigrés qui le souhaitent ?
«L’Etat accompagne les émigrés qui souhaitent rentrer au bercail en les orientant et en leur donnant toutes les informations nécessaires à leur réinsertion socioprofessionnelle au Sénégal. Je peux parler par exemple de la signature récente avec le gouvernement des îles Baléares en Espagne d’un projet de 4,5 milliards de FCfa destinés à former et à encadrer 100  jeunes migrants sénégalais sans papiers en Espagne, candidats au retour dans le domaine agricole. Au-delà, la gestion du retour du migrant sénégalais, dans son ensemble, constitue également une priorité pour le gouvernement. Et nous en tenons compte grandement dans la signature des conventions bilatérales et multilatérales pour sauvegarder leurs intérêts pour un retour digne».
 L’accès au logement fait partie des préoccupations des Sénégalais de l’extérieur. Le gouvernement fait-il quelque chose pour aider les émigrés à accéder au logement?
«Bien sûr, l’Etat du Sénégal a lancé la campagne : « Un Sénégalais de l’extérieur, un toit, une ferme » pour aider nos compatriotes à accéder aux logements en mettant à leur disposition des promoteurs immobiliers crédibles et des banques pour les accompagner. Le département a un rôle important à jouer sur ce plan, par la médiation et la facilitation de l’accès au logement. Cette question est d’autant plus importante que le Premier ministre a créé un comité interministériel chargé exclusivement de faciliter l’accès à l’habitat aux Sénégalais établis à l’étranger. Dans le cadre de la réalisation de cette action gouvernementale, mon département a la lourde charge d’organiser la rencontre entre l’offre et la demande. Ainsi les Sénégalais de l’extérieur sont-ils organisés en coopératives d’habitat et en fédération pour mieux maîtriser cette demande».
De plus en plus, des émigrés sont assassinés dans leur pays d’accueil. Comment expliquez-vous cela ? Que fait l’Etat pour protéger ses citoyens expatriés ?
«Cela peut s’expliquer par la crise économique qui sévit actuellement en Europe, ce qui amène les nationaux à être de moins en moins tolérants  face aux migrants, sans compter qu’il y’a la plupart du temps certains de nos compatriotes qui outrepassent leurs droits et ne respectent  pas les lois et règlements en vigueur dans ces pays. Dans de pareilles situations regrettables, l’Etat du Sénégal saisit ses missions diplomatiques et consulaires pour avoir des informations et prendre les décisions idoines, en rapport avec les autorités des pays concernés qui, le plus souvent, font preuve d’une bonne collaboration. Je profite de l’occasion pour m’incliner d’abord devant la mémoire de ces victimes qui n’étaient pas parties pour y rester. Nous sommes en train de prendre les dispositions pour sensibiliser nos compatriotes et les autorités des pays d’accueil, afin de mettre chacun devant ses responsabilités, car en la matière, il convient de privilégier l’action préventive».
 L’instauration du visa biométrique aura-t-elle un impact sur les Sénégalais de l’extérieur, notamment ceux qui ont la double nationalité ? Existe-t-il des mesures particulières pour eux ?
«Il est aujourd’hui prématuré de parler d’impact sur les Sénégalais de l’extérieur mais nous allons poursuivre la communication avec eux afin de leur donner le maximum d’informations leur permettant de faciliter leur compréhension.
D’ailleurs, les binationaux détenteurs d’une pièce d’identité sont exemptés du coût du visa. A mon avis, l’instauration du visa pourrait inciter nos compatriotes à déclarer leurs enfants au service d’état civil des consulats pour ainsi bénéficier de cette exemption».

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